Imaginer un autre futur du travail : les membranes

En février 2021, nous avons invité cinq personnes à imaginer un autre futur du travail. À explorer des signaux faibles qui ouvrent de nouveaux possibles pour le monde du travail : les communs, les biorégions, le low tech et les monnaies citoyennes. Elles ont imaginé ensemble un futur dans lequel l’organisation du travail s’articulerait, à l’échelle des territoires, autour d’entités vivantes appelées “Membranes”. Dans cette mini-fiction, on découvre une Membrane au travers des yeux de la jeune Jessica.

Les enjeux du futur du travail

Pour comprendre la démarche, il faut d’abord partir des enjeux du monde du travail relevés par les participantes, parmi lesquels :

  • Le creusement des inégalités entre travailleurs précaires et CSP+, auquel participe l’émergence de méthodes de management et d’organisation du travail plus horizontales, puisque celles-ci tendent à ne bénéficier qu’aux seconds.
  • La santé des travailleurs et la réduction du fossé qui sépare souvent travail prescrit et travail réel.
  • L’autonomie : les organisations modernes tendent encore trop souvent à infantiliser leurs travailleurs, à les dé-responsabiliser.
  • La question du sens : comment construire du sens au travail, dans un monde si complexe et vulnérable ? comment renouveler par le travail notre rapport au reste du vivant ?

L’imagination à la rescousse

Face à ces enjeux, l’idée des Membranes a émergé comme une piste de rééquilibrage. Ces organismes, dont on sait qu’ils sont vivants mais dont les participantes n’ont pas expliqué les étranges propriétés (sont-elles magiques ? sont-elles dues à une hybridation du vivant avec la technique ?), apporte quelques réponses intéressantes.

D’abord, à la question de savoir comment s’organiser à l’échelle d’un territoire sans recourir à une autorité (le chef, le manager) ni à un mécanisme de marché (le prix, la monnaie). Elles permettent donc de concevoir le travail autrement que comme une nouvelle forme d’exploitation (le fameux tripalium) ou qu’une marchandise (ubérisation).

Ensuite, elles placent le vivant au cœur de l’activité quotidienne des humains, et elles les aident à répartir équitablement leur contribution à la vie de leur communauté. Mais la Membrane n’a pas vocation à répondre à tous les enjeux ! Simplement à ouvrir un nouveau champ des possibles.

Les Membranes sont des entités organiques et métamorphes qui habitent chacune un écosystème. À l’instar des mycorhizes, elles s’interconnectent avec l’ensemble des organismes de leur habitat. Elles ont la capacité de communiquer avec les humains. Mais on ignore selon quelles modalités : peut-être par télépathie, peut-être par signaux physico-chimiques).

Elles peuvent prendre des formes végétales ou animales, et se manifestent auprès des humains sur la place centrale de leurs villages. Elles aident les humains à prévenir la surexploitation de leur habitat, elles proposent à chacun-e diverses contributions à la vie de la communauté. Relation plutôt qu’essence, elles jouent le rôle de grandes médiatrices entre le “je” et le “nous”. À l’échelle de chaque territoire-écosystème, les Membranes incarnent “une communauté de destin”, pour reprendre l’expression des participantes.

Pourquoi un récit de science-fiction dans une démarche prospective ?

Dès le départ, la thématique du travail se trouve débordée par ses propres enjeux : santé, inégalités sociales, valeurs, écologie… Imaginer le futur du travail, c’est forcément imaginer tout un monde ! Et c’est précisément ce en quoi consiste la science-fiction.

En ouvrant nos imaginaires, en travaillant sur le registre émotionnel via l’expression artistique (ici la fiction), en vivant une expérience qui génère des idées et un élan renouvelés, nous faisons le pari que des futurs alternatifs pourront être inventés, et donc pourront voir le jour. 

Le récit donne à voir le résultat d’un travail collectif, affranchi des habitudes qui entravent l’émergence de véritables alternatives. Inspiré par les idées des participants de l’atelier, il leur permet d’ancrer l’enthousiasme ressenti et les idées nouvelles qui sont apparues. Il fait naître dans la tête des lecteurs la question « Et si… ». Il nous permet à tous de renouer avec notre capacité à raconter des histoires, qui inspirent nos idées et nos comportements. En d’autres termes, ils participent à l’émergence d’autres futurs, plus souhaitables on l’espère. 

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