Travail et résilience : de l’individu au collectif

résilience

En avril 2021, nous avons co-construit avec un Activ’Action, un webinaire sur le thème de la Résilience. Nous avons échangé sur les liens, l’importance de la qualité des relations, envisager une approche systémique de la résilience. Avec les autres intervenants*, nous avons exploré ce qui se passe dans les écosystèmes vivants comme dans les entreprises, ce qui se joue aux niveaux individuels et collectifs.

Et pour clore ce webinaire, un ami nous a fait le plaisir de lire un court récit que nous avions écrit pour l’occasion. Une fiction qui vient du futur, qui fait résonner ce que nous appelons Résilience.

Version audio du texte interprétée par Guillaume Videlier

Salut. Faut que je te dise un truc. Tu ne me connais pas, on ne se rencontrera que dans plusieurs années. Je m’appelle Guillaume. À ton époque, en 2021, je vivais à Paris. J’étais happiness manager dans une startup parisienne. Jeune et invincible. J’attendais avec impatience le déconfinement, le retour à la normale. « Normal » n’a plus le même sens. Parce que la Première Pandémie mondiale a trop duré, et parce que d’autres catastrophes ont suivi.

On m’a licencié en 2027, un mois après que le parti National-Écologiste ait remporté les élections. Pendant un an, j’ai gardé l’espoir de retrouver un taf. J’alternais les nuits passées à squatter chez les potes qui me restaient et les foyers d’hébergement miteux. À la fin de l’année, j’avais élu domicile au camp du Parc Montsouris.

Un soir de septembre 2029, j’ai touché le fond. Couché sur le pavé brûlant du quai d’Austerlitz, je délirais de fièvre. Je trainais ma carcasse vers les eaux de la Seine pour… pour en finir.

Alors, je t’ai entendu prononcer mon nom. J’ai senti tes mains m’envelopper. Tu m’as recueilli. Tu m’as donné une place au sein de l’Oasis. Tu ne le sais pas encore : c’est toi qui cofonderas l’Oasis. Un lieu magique, une immense forêt-jardin où coopératives, initiatives citoyennes, hackers, permaculteurs et racines se cultivent les uns les autres. On y enseigne l’art de la résonance aux enfants. On y tisse jour après jour une société méconnaissable. On y soigne, on y chérit, on y répare les vivants.

J’y ai rencontré nos compagnons de route. Retrouvé le goût de la vie. Je m’y suis remis au travail.   Prendre soin des autres, apprendre à vivre ensemble : c’est ça, le « travail », en 2041. Comme les mots changent de sens… Les mots et les gens. Moi non plus, je ne suis plus la même personne.

Je voudrais tellement revenir en 2021, te dire de tenir bon, te dire merci de m’avoir reconnu sur ce trottoir. Te rendre ces mots que tu m’as offerts : « nous, les humains, on est des êtres vibratoires ». Et c’est vrai, on se transforme en permanence. On vibre avec le monde, et le monde avec nous. C’est ça, la résonance. Vibrer avec le monde, pour le meilleur et pour le pire, vibrer à l’unisson, accepter de ne plus être celui qu’on croyait être soi-même, accepter de vibrer jusqu’à la métamorphose.

Microfiction « Résilience » réalisée par libertalia.work

* Les autres intervenants : Jean-Philippe Cieslak, de Nature nourricière; et Patrick Negaret, CPAM des Yvelines.